jeudi 7 avril 2016

L'ethique de la recherche en ligne - séminaire Elliadd


Université de Franche-Comté – Jeudi 07 avril 2016 – 15h.
Besançon : maison de l'université – 1 rue Claude Goudimel – salle 112
Montbéliard : salle de visio de l'UFR-STGI

Le pôle Conception, Création, Médiations (CCM) du laboratoire Elliadd a le plaisir de vous inviter à une nouvelle séance du séminaire « Culture du numérique et éthique de la médiation ». Ce séminaire a une double ambition. D’une part, le but est avant tout de parvenir à une problématisation poussée de la « culture (du) numérique » pour permettre de fonder des axes pérennes de réflexion et de recherche. D’autre part et en articulation étroite, la culture numérique sera abordée dans le souci des enjeux éthiques qu’elle suscite dans les différentes médiations qu’elle concerne au sein du champ social.


L'éthique dans la recherche en ligne

Par Guillaume Latzko-Toth


Invité : Guillaume Latzko-Toth, professeur au département d’information et de communication de l’université Laval (Québec) sur le thème : L'éthique de la recherche en ligne.

Discutant : Jean-Claude Domenget

La séance aura lieu Jeudi 07/04/2016 – 15h-17h en visio-conférence de Québec avec les sites de Besançon et Montbéliard. Possibilité de suivre la séance via Rénavisio dans la limite des connexions individuelles disponibles.


Guillaume Latzko-Toth est professeur agrégé au Département d’information et de communication de l’Université Laval, où il enseigne notamment les enjeux sociaux des médias numériques, et codirecteur du Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO). Ses recherches et publications, ancrées dans une perspective sociotechnique, portent sur la formation des dispositifs numériques et de leurs usages, et sur les aspects méthodologiques et éthiques de la recherche qualitative en ligne. Il est membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) et cofondateur de la section « Technologie et médias émergents » de l’Association canadienne de communication (ACC).

Résumé

Les recherches en sciences humaines et sociales s’appuient de plus en plus sur la cueillette de données via Internet, qu’il s’agisse d’observations ou d’entretiens menés en ligne, ou encore de traces (écrits, images, etc.) déposées par les usagers dans des espaces numériques accessibles aux chercheurs. Dans le contexte d’un encadrement grandissant des activités de recherche par des instances normatives en matière d’éthique, un nouveau champ de réflexion s’est développé autour de l’éthique de la recherche en ligne, dont il s’agira d’abord ici de dresser les contours. L’un des principes fondamentaux de l’éthique de la recherche est le respect de la vie privée des personnes, ce qui explique que la frontière entre espace public et espace privé soit au cœur des règles balisant les bonnes pratiques de recherche. Or, lorsque la collecte de données a lieu dans l’espace numérique, l’ambivalence apparente du statut privé ou public des traces laissées par l’activité des usagers sur les plateformes en ligne pose problème. Qu’est-ce qu’un contenu public ? Tous les terrains en ligne sont-ils ouverts au regard des chercheurs ? Quand doit-on obtenir le consentement des personnes ayant déposé des écrits sur le Web ? Comment protéger leur anonymat et leur vie privée ? Telles sont quelques-unes des questions qui seront abordées et mises en débat.

Pour préparer ou compléter cette séance du séminaire « Culture du numérique et éthique de la médiation », vous pouvez consulter :

Guillaume LATZKO-TOTH et Madeleine PASTINELLI, « Par-delà la dichotomie public/privé : la mise en visibilité des pratiques numériques et ses enjeux éthiques », tic&société [En ligne], Vol. 7, N° 2 | 2ème semestre 2013, mis en ligne le 01 juin 2014, consulté le 06 avril 2016. URL : http://ticetsociete.revues.org/1591 

LATZKO-TOTH G. et S. PROULX, 2016 [2013], « Enjeux éthiques de la recherche sur le Web », dans C. BARATS (dir.), Manuel d'analyse du web en Sciences Humaines et Sociales, Paris, Armand Colin, pp. 38-54.


Au plaisir de vous retrouver nombreux,
Jean-Claude Domenget et Julien Péquignot, coordinateurs du séminaire

mercredi 6 avril 2016

Webinaire OMSRP - E-reputation et influenceurs : de nouveaux enjeux pour les organisations ?

Le 5 avril 2016 s'est déroulé le webinaire de l'OMSRP (observatoire des médias sociaux en relations publiques) en partenariat avec Idetcom de l'Université Toulouse 1 Capitole et Elico, Sciences Po Lyon. Le thème de cette année : e-réputation et influenceurs : de nouveaux enjeux pour les organisations ? J'ai présenté avec Josianne Millette, professeur assistante à l'Université Laval, une réflexion autour de la communication professionnelle sur le Web.

Webinaire 2016 Médias sociaux et relations publiques

Communication professionnelle sur le Web : trajectoires d'usage et temporalités de la pratique des relations publiques


Résumé :

Les temps et temporalités du Web (TTOW, 2015) sont au cœur des discussions, qui foisonnent ces dernières années, entourant l’intégration des médias socionumériques aux pratiques professionnelles de la communication. Les formes de communication sur ces réseaux sont de plus en plus normées. Elles exigent une réponse rapide, une présence constante voire une disponibilité de tous les instants. Participant à l'accélération sociale et technique de notre modernité tardive (Rosa, 2012), ces réseaux accélèrent la circulation de l’information et mélangent des publications de la quotidienneté des usagers comme des témoignages de grands événements. Malgré leur effervescence virale, les réseaux et interactions en ligne laissent cependant des traces durables, qui peuvent peser lourd sur les e-réputations des professionnels et des organisations (Leroux, 2014), tout en ouvrant aussi de nouvelles possibilités d’analyse et de veille. C’est également dans la durée que les experts établissent leur influence et que les gestionnaires de communauté peuvent développer une audience d’adeptes. Aux temporalités des plateformes viennent s'articuler celles des trajectoires professionnelles et du travail au quotidien.

La communication proposée a pour objectif de problématiser la multiplicité des échelles de temps (Domenget, 2013) qui traversent les usages professionnels du Web, et en particulier la pratique des RP. Ce cadre permettra de soulever les enjeux liés à la plasticité des dispositifs et à la fragilité des usages (Domenget et Latzko-Toth, 2015) en plus d’attirer l’attention sur les trajectoires qui se dessinent dans l’expérience des professionnels qui pratiquent les RP en ligne. Sur la base de ces constats, nous proposerons des pistes méthodologiques pour une meilleure compréhension des pratiques de communication professionnelle en ligne.


mardi 29 mars 2016

Humanités numériques et SIC

Le dernier numéro de la Revue Française des Sciences de l'Information et de la Communication (RFSIC) vient de sortir. Il porte sur les liens entre humanités numériques et Sciences de l'Information et de la Communication. J'ai eu le plaisir de coordonner ce numéro avec Julia Bonnacorsi (Elico) et Valérie Carayol (Mica).

Humanités numériques et SIC

 

Couverture n°8 RFSIC Humanités numériques et Sciences de l'Information et de la Communication


 
« Par ce dossier d’articles, nous avons souhaité ouvrir un espace de discussion sur les articulations entre SIC et humanités numériques, et revisiter ce qu’ont produit de spécifique les SIC sur les questions abordées par les chercheurs se réclamant des humanités numériques. Quels cadres théoriques ont été éprouvés ? Quelles avancées particulières seraient propres aux SIC dans un contexte où la pluridisciplinarité est constitutive des projets identifiés Humanités numériques ? Autrement dit, ce dossier de la Revue Française de Sciences de l’Information et de la Communication ouvre une discussion, qui, nous l’espérons se poursuivra, sur ce que les SIC ont à dire des Humanités numériques tout autant qu’à ce que les Humanités numériques apportent à la réflexion en SIC.
[…] Si l’intention du dossier n’est pas de fabriquer une homogénéité artificielle, des synergies apparaissent et les articles présentent plusieurs points communs. Majoritairement, il s’agit de textes engagés, certains présentant des programmes de recherche et de formation (Vial ; Bigot, Julliard, Mabi ; Mouratidou, Vidal) au carrefour entre SIC et humanités numériques, d’autres articles prenant même la forme d’un véritable plaidoyer voire d’un manifeste pour positionner les SIC dans le tournant du numérique (Cormerais, Le Deuff, Lakel, Pucheu). Ces textes articulent la plupart des interrogations épistomologiques et méthodologiques actuelles ouvertes par le numérique. Tous invitent ainsi à interroger les catégories d’analyse utilisés en SIC (Lebechec, Alloing) à prendre du recul face à cette urgence apparente à faire des « studies » sur tel ou tel objet (à partir d’un calendrier imposé par la recherche anglo-saxonne) (Jahjah), à questionner les outils créés et utilisés pour effectuer la production, le traitement et l’exploitation des données comme dans l’analyse des controverses sociétales sur le web (Bigot, Julliard, Mabi) ou encore à resocialiser les données numériques (Ouakrat et Mésangeau) ».

vendredi 25 mars 2016

Reconnaissance et temporalités : pour un ancrage de ces concepts en SIC

J'ai eu le plaisir d'être invité au séminaire du pôle de recherche Discours, Texte, Espace Public, Société de mon laboratoire de recherche Elliadd, Université de Franche-Comté pour présenter l'ouvrage coordonné avec Valérie Larroche et Marie-France Peyrelong : "Reconnaissance et temporalités. Une approche info-communicationnelle"


Reconnaissance et temporalités : pour un ancrage de ces concepts en SIC



Couverture ouvrage Reconnaissance et temporalités




Cette présentation s'est appuyée sur l'ouvrage collectif Reconnaissance et temporalités : une approche info-communicationnelle (Domenget, Larroche, Peyrelong, 2015) dont l'originalité est justement de proposer une approche info-communicationnelle des relations entre reconnaissance et temporalités. Ces deux concepts ont été jusqu’alors principalement abordés de manière distincte en SIC, même si quelques liens entre reconnaissance et temporalités ont déjà été proposés, notamment avec la notion de visibilité. Le présent ouvrage aborde ces liens sous un nouvel angle temporel, celui de l’épaisseur temporelle.

Cet ancrage théorique a été complétée par un cas d'étude autour des formes de reconnaissance d'expertise sur Twitter, analysées sous l'angle des temporalités. En effet, Une tension apparaît entre la reconnaissance d'expertises basées sur un temps long, un ensemble de compétences constituant une expérience, un renforcement d'évaluations positives sur la durée et l'impératif de visibilité, moteur d'activités de nombreux professionnels sur les médias socionumériques, renvoyant l'expertise à la dimension d'épreuve, basée sur l'urgence, le temps réel et l'immédiateté.

Les formes de reconnaissance d'expertise sur Twitter


Le propos vise à montrer que les formes de reconnaissance d'expertise qui se sont mises en place sur Twitter participent pleinement de la définition de catégories d'experts au sein des professions de la communication mais elles poussent également à l'invisibilité de certains traits identitaires (d'une épaisseur temporelle de l'individu), à la fois dans la durée (moyen, long terme) mais aussi dans l'articulation de temporalités au quotidien (notamment celles qui se jouent au travail et durant le temps libre).


3 modèles d'expertise sur Twitter


- Modèle d'expertise n°1 : l'engagement dans la communauté
Dans ce premier modèle d'expertise, être un expert reconnu par ses pairs, ce n'est pas posséder un savoir particulier sur tel ou tel domaine (cf la définition générale de Castra, 2012) mais c'est avant tout avoir un fort engagement dans la communauté.
Immergé dans le dispositif de communication, occupant une place de relais au sein de la communauté, l'expert de ce modèle mixe les échanges en ligne et les rencontres physiques, en gardant un objectif professionnel aux interactions construites.
Très (trop) prenant d'un point de vue de l'équilibre d'une équation temporelle personnelle (Grossin, 1996), ce modèle fait planer également un risque de burn out et se révèle donc être provisoire, difficilement tenable sur la durée.


- Modèle d'expertise n°2 : la crédibilité
La différence principale avec le premier modèle d'expertise tient à une visée plus large que la seule communauté constituée de pairs. Dans ce second modèle, l'expert cherche à avoir une influence sur une audience plus large, tout en restant clairement définie.
La crédibilité s'est révélée être le critère saillant qui permet d'envisager l'influence d'un expert.
En fait, dans ce modèle, l'expert doit alors être capable de répondre aux attentes d'une instance de reconnaissance, les clients, pour qui les enjeux économiques liés à l'expertise sont devenus essentiels.


- Modèle d'expertise n°3 : l'efficacité
Avec le modèle d'expertise de l'efficacité, nous rentrons dans le domaine de la massification des actions, d'une instrumentalisation poussée très loin de la présence en ligne et d'une conscience forte de l'importance des métriques.
Marqué par une recherche d'efficacité à tout prix, ce modèle d'expertise fait passer du domaine de la communication, avec l'entretien d'une relation, à la diffusion d'une information via un média. Il s'appuie sur une ambition de contagion dont l'objectif est de toucher une audience, cette fois-ci, la plus large possible.
Néanmoins, une limite de ce modèle d'expertise est apparue dans les résultats, à travers une dépendance de l'expert vis-à-vis du dispositif dans lequel s'est construite sa reconnaissance.

mercredi 23 mars 2016

Les figures de l'usager de Twitter

Voici un chapitre d'ouvrage dont j'attendais depuis longtemps la publication. "Les figures de l'usager de Twitter" fait partie de l'ouvrage Publics et TIC.Confrontations conceptuelles et recherches empiriques, sous la direction de Pierre Morelli, Nathalie Pignard-Cheynel et Didier Baltazart.



Les figures de l'usager de Twitter

 

 




Résumé. — L’analyse des figures de l’usager de Twitter représente un enjeu de recherche pour comprendre la construction de ces représentations diverses. L’objectif de cet article est d’analyser la notion d’usager dans le cadre de ce dispositif et d’interroger ses relations avec les notions de public(s), d’audience(s) et de communautés. Les quatre principales figures distinguées (twitto, consommateur, abonné, expert) sont étudiées à partir de deux critères majeurs : les principes de méthode de construction de ces figures (lien social, contribution, représentativité, opinion) et les instances qui en sont à l’origine (les médias de masse, les chercheurs, la plateforme, les usagers eux-mêmes). Ce travail d’analyse des figures de l’usager de Twitter illustre le brouillage des frontières qui étaient établies entre public, usager, audience et communauté et conduit à réaffirmer la valeur heuristique de la notion d’usager.

Mots clés. — Usager, public, figures, représentations, Twitter, médias sociaux.
Extrait.— Les figures de l’usager de Twitter évoquées par différentes instances (les médias de masse, les chercheurs, la plateforme, les usagers eux-mêmes) sont source d’ambiguïté car elles ne distinguent pas clairement les principes de jugement et d’appréciation de ces publics d’usagers (Proulx, 1994 : 150). Régulièrement, les médias de masse mettent en avant une figure de « twitto »1 réagissant sous la forme d’une notification d’humeur à un fait d’actualité politique, sociétal, médiatique, etc., et renvoyant souvent à la dimension de média de diffusion d’informations (Kwak, 2010) en temps réel de Twitter. De leur côté, les chercheurs caractérisent l’évolution de la figure de l’usager à « l’ère numérique », en la recentrant sur celle de consommateur (qu’il soit nommé produser (Bruns, 2008), prosumer (Beaudoin, 2011) ou contributeur (Millerand et al., 2010 ; Proulx, 2011), interrogeant la puissance d’agir d’une « culture de la contribution » face à l’emprise d’un capitalisme informationnel (Proulx, 2011) et marquant la prise en compte de la consommation comme expérience et l’expérience comme usage (Paquienséguy, 2012 : 206-207). Cette figure construite par les chercheurs semble être assez éloignée de celle promue par la plateforme avec la notion d’abonné, évoquant la construction d’un réseau social via le dispositif. Qu’ils soient journalistes, fans de nouvelles technologies ou professionnels du web, les usagers de Twitter mettent en avant l’expert, comme figure emblématique de la plateforme, reconnu notamment dans le cadre du partage d’une veille productive (Desbiey, 2011). L’analyse de ces figures représente un enjeu de recherche pour comprendre les constructions de ces représentations. Elle participe d’une analyse critique des notions abordées permettant d’approcher la complexité des phénomènes étudiés et vise à éclairer la situation sans multiplier inutilement les figures de l’usager construites.
Partant de ce constat, l’objectif principal de cet article est d’analyser la notion d’usager de Twitter en interrogeant ses relations avec les notions de public(s), d’audience(s) et de communautés…


Tableau récapitulatif rassemblant 4 figures de l'usager de Twitter


Domenget J.-C. (2015). Les figures de l'usager de Twitter. Dans Morelli, P., Pignard-Cheynel, N. et Baltazart, D. (dir.). Public et TIC : confrontations conceptuelles et recherches empiriques (p. 159-174), Nancy : Presses Universitaires de Nancy.