vendredi 5 janvier 2018

Revue Commposiste 20 ans : etude des usages

Petit cadeau de début d'année, la revue COMMposite a 20 ans. Elle vient de lancer son anthologie réflexive à l'occasion des 20 ans de la revue COMMposite. J'ai été interviewé par Gabrielle Silva Moto Drumond concernant l'étude des usages, à partir du texte de Florence Millerand : "Usages des NTIC : les approches de la diffusion, de l'innovation et de l'appropriation (1ère partie)" (1998).

L'étude des usages : une entrevue

Gabrielle Silva Mota Drumond et Jean-Claude Domenget

Anthologie réflexive - 20 ans Revue COMMposite

La réflexion sur l'évolution des pratiques aux niveaux social, économique et politique repositionnerait l'étude des usages et permettrait de saisir les comportements microsociaux et les tendances macrosociales (Millerand, 1998, p. 7). Dans son texte « Usages des NTIC : les approches de la diffusion, de l’innovation et de l’appropriation (1re partie) », Millerand expose les intentions des chercheuses et des chercheurs en Sociologie des usages, à cette époque, d'allier les analyses des micro et des macro contextes afin de mener des recherches qui rendent compte de la complexité des usages des technologies de l'information et de la communication.

Gabrielle Silva Mota Drummond (GD) : Avons-nous actuellement des appareillages conceptuels et méthodologiques aussi complexes qui nous permettent de « faire le pas » entre les niveaux macro et micro dans nos recherches ? Quels sont ces appareillages ? Comment les différentes vagues de la sociologie des usages nous ont-elles permis de développer des études d’une telle complexité ?

Jean-Claude Domenget (JCD) : Les questions de la complexité et du passage entre niveaux micro et macro renvoient tous les deux aux ambitions des chercheurs lorsqu’ils entreprennent une approche d’usages. Il ne s’agit pas de rester uniquement à un niveau micro d’analyse de l’utilisation d’une NTIC en particulier, d’un dispositif socionumérique de communication pris isolément, mais de l’inscrire dans une analyse de pratiques sociales plus larges, afin de tenir compte de « l’épaisseur sociale » des usages. De tels limites ou « garde-fous » ont été maintes soulignés par les fondateurs de la sociologie des usages (Chambat, 1994; Jouët, 2000, 2011; Jauréguiberry, 2008). Ces points d’analyse questionnent également les relations entre les approches d’usages et d’autres courants de recherche, lesquels se heurtent aux mêmes problèmes de l’articulation de niveaux et de la complexité : approches dispositives (Monnoyer-Smith, 2013), approches sociotechniques (Akrich, Callon, Latour, 2006; Coutant, 2015).
De nombreux programmes complexes ont nourri l’histoire des approches d’usages, notamment l’approche sociopolitique (Vedel, 1994), l’approche critique (Granjon, 2004, 2012) ou encore les différentes pistes de dialogue avec d’autres courants de recherche dans le but de construire une théorie des usages (Proulx, 2005; Jauréguiberry et Proulx, 2011). Afin que ces programmes ambitieux ne restent pas lettre morte, nous avons proposé de mieux situer l’objectif d’une recherche dans une perspective de montée en généralité, à travers la proposition d’un cadre épistémologique d’analyse des usages (Coutant, Domenget, 2014).
Aujourd’hui, nous disposons de nombreux concepts dans les approches d’usages afin d’analyser la complexité d’une situation et d’articuler les niveaux d’études. Je pense notamment au concept d’appropriation, central dans les recherches faisant partie de la 1re topique des approches d’usages (Jauréguiberry et Proulx, 2011). La 2e partie du texte de Florence Millerand (1999) en propose une excellente synthèse, en soulignant comment l’inscription de l’usage d’un objet technique au sein d’une pratique individuelle ou sociale est caractéristique de l’appropriation sociale des TIC. Autre concept que j’aime à mobiliser, celui de généalogie des usages (Mallein et Toussaint, 1994) qui s’inscrit dans une approche sociohistorique des usages (2e topique). Il permet d’intégrer le temps long dans l’analyse, de prendre en compte les « trajectoires d’usages » entre les objets techniques ou les enjeux de pouvoir au moment de l’introduction d’une TIC, en fonction du contexte social ou organisationnel donné. Sans oublier bien sûr le concept de double médiation sociotechnique (Jouët, 1993) qui permet de mettre à distance le déterminisme technique et de remettre en question la construction de nouvelles pratiques sociales. Car le questionnement a évolué, caractérisant un processus de dissémination de la sociologie des usages dans le courant interdisciplinaire des SIC (Jouët, 2015) et l’émergence de nouvelles thématiques (les travaux sur les sites communautaires et sur les médias sociaux, les différentes figures de l’identité numérique, le matérialisme numérique, etc.).

GD : Quels sont les plus grands défis rencontrés actuellement par les chercheuses et les chercheurs qui font des recherches sur les usages des technologies numériques, que ce soit aux niveaux épistémologique et méthodologique ?

JCD : Les approches d’usages ont toujours posé des défis épistémologiques et méthodologiques aux chercheuses et aux chercheurs. Sur ce point, le texte de Florence Millerand reprenait l’évolution soulignée par Pierre Chambat (1994), à savoir la formation de courants spécialisés, éclairant chacun une partie des questions soulevées par les programmes évoqués précédemment (un modèle diffusionniste, concentré sur l’offre disponible et le taux d’équipement ; un modèle macrosocial, focalisé sur les imaginaires convoqués dans les discours d’accompagnement des TIC et un modèle de l’appropriation, s’intéressant au sens que donnent les usagers à leurs pratiques.). De nos jours, les enjeux épistémologiques et méthodologiques ont évolué. Ils soulignent le renouvellement des approches d’usages liés aux technologies numériques.
D’un point de vue épistémologique, j’ai déjà évoqué la nécessité de situer son apport (conceptuel, descriptif, théorique). L’interrogation principale peut être résumée ainsi : les concepts phares des approches d’usage sont-ils toujours pertinents compte tenu des changements de contextes, de dispositifs, de questions de recherche ? Pour donner un exemple, la continuité d’un usage a été la condition afin d’analyser le processus complexe d’appropriation. Aujourd’hui face à des dispositifs instables par conception (Garud, Jain et Tuertscher, 2008 ; Latzko-Toth, 2014), de telles approches en matière de continuité restent-elles pertinentes ? Ne faut-il pas au contraire, analyser les dynamiques, les variations des usages constitutives des pratiques sociales ou des identités en ligne ?
D’un point de vue méthodologique, nous vivons une période charnière au cours de laquelle une profusion de méthodes et de techniques d’enquête sont à notre disposition. Les techniques « classiques » d’observation participante et d’entretiens de type compréhensifs ont fait leurs preuves. Elles sont indispensables pour contextualiser les usages observés. Le recueil de traces d’usage est aujourd’hui plus accessible et permet d’analyser les usages sur une certaine durée. Des méthodes « hybrides » invitent à une coanalyse avec les usagers, à partir justement de leurs traces d’usages. Ainsi, en fonction de leurs objectifs de recherche, les chercheuses et les chercheurs ont à leur disposition un ensemble de méthodes efficaces, leur permettant une analyse complexe du web (Barats, 2016) ou plus spécifiquement des médias socionumériques (Sloan et Quan-Haase, 2017). 
 
GD : À l’heure actuelle, nous voyons de plus en plus l’emploi de technologies de Big Data qui suivent et surveillent les usages en ligne ainsi que modifient l’ordre de circulation des contenus en fonction de plusieurs facteurs, comme le comportement des usagers en ligne. Le traitement des « méga données » est devenu de plus en plus présent dans la relation entre les objets, les contenus et les usagers. Parallèlement à cela, dans l'évolution des approches théoriques et méthodologiques de la Sociologie des usages, on peut remarquer un déplacement des intérêts de la recherche vers les usagers, ce qui peut être observé dans le recours croissant aux méthodes ethnographique ou microsociologique (Millerand, 1998, p.8). Ce déplacement ressemblerait à celui retrouvé dans la sociologie des médias de masse et marqué par la montée des analyses de la réception, au détriment des analyses des effets (Ibid.). Dans ce contexte où nous voyons la montée des recherches issues des Algorithm Studies, des Software Studies et des Surveillance Studies, pourrions-nous penser à un nouveau déplacement des intérêts de recherche vers les technologies ? Comment est-ce que cela peut marquer l’évolution de la sociologie des usages en ce qui concerne notamment les objets d’études et les méthodes de recherche ?

JCD : Cette question permet d’aborder le mouvement de va-et-vient entre un intérêt plutôt situé autour des usagers, de leurs comportements, avec des analyses en termes de significations d’usages (Mallein et Toussaint, 1994) ou actuellement en termes identitaires, et un autre pôle, constitué des approches technologiques, concernant hier les NTIC et aujourd’hui la matérialité des dispositifs, à laquelle sont associés les big data. La tendance actuelle est clairement marquée par un fort pouvoir d’attirance du second pôle, au risque encore une fois de perdre l’épaisseur sociale des usages.
Pour ne pas tomber dans une nouvelle forme de déterminisme technique, les approches d’usages doivent garder une position d’entre-deux dans le questionnement lié au « tournant » du numérique. Ainsi, parmi les objets de recherche récents, les systèmes de recommandation (Chartron, Saleh, Kembellec, 2014) et les logiques de prescription associéesi suscitent de nombreuses recherches. Il est alors utile d’interroger les significations des pratiques des usagers associées aux procédés de prescription et aux dispositifs de recommandation.
Plus largement, cette vague de recherche est marquée par des questions liées aux big data, aux algorithmes et au machine learning. Encore une fois, l’ancrage épistémologique des approches d’usage, le souci maintes fois souligné de prendre en compte les usagers doit permettre d’éviter une attirance exclusive vers le tout technique, d’autant plus que la promesse d’anticipation des comportements humains, derrière les algorithmes et le machine learning, relève en fait de calcul probabiliste à partir de comportements anciens (Cardon, 2015).
Les systèmes de recommandation, les logiques de prescription, voire la « prescription » des usages caractérisent les technologiques numériques. Pourtant les tactiques des usagers persistent, déjouant les stratégies des plates-formes. Vous aurez reconnu la référence à de Certeau (1990) dont la fulgurance des analyses reste une source d’inspiration pour « donner la parole » aux usagers.
En tout cas, la situation actuelle tend clairement vers une hégémonie des approches macrosociologiques s’appuyant sur les big data. Face à ce risque, des voix se font déjà entendre pour réintégrer de l’épaisseur sociale et travailler plutôt des thick data (Latzko-Toth, Bonneau, Millette, 2017).

Bibliographie
Akrich, M., Callon, M. et Latour, B. (2006). Sociologie de la traduction. Textes fondateurs. Paris : Presses des Mines.
Barats, C. (dir.). (2016). Manuel d'analyse du web en Sciences Humaines et Sociales (2e éd.). Paris : Armand Colin.
Cardon, D. (2015). A quoi rêvent les algorithmes. Nos vies à l'heure des big data. Paris : Seuil.
Certeau de, M. (1990). L'invention du quotidien, tome 1 : arts de faire. Paris : Gallimard.
Chambat, P. (1994). Usages des technologies de l'information et de la communication (TIC) : évolution des problématiques, Technologies de l'information et société, 6 (3), 249-269.
Chartron, G., Saleh, I. et Kembellec, G. (dir.). (2014). Les systèmes de recommandation. Paris : Hermès Science.
Coutant, A. (2015). Les approches sociotechniques dans la sociologie des usages en SIC. Revue française des sciences de l’information et de la communication, (6). Repéré à https://rfsic.revues.org/1271
Coutant, A. et Domenget, J.-C. (2014). Un cadre épistémologique pour enquêter sur les dispositifs sociotechniques d'information et de communication. Dans D. Douyère et H. Bourdeloie (dir.), Méthodologies d'information et de communication (p. 231-253). Paris : Mare & Martin.
Garud R., Jain S. et Tuertscher P. (2008). Incomplete by Design and Designing for Incompleteness. Organization Studies, 29 (3), 351-371.
Granjon F. (2004). De quelques éléments programmatiques pour une sociologie critique des usages sociaux des TIC. Communication présentée à la journée d’étude les rapports société-technique du point de vue des sciences de l’homme et de la société, Rennes. Repéré à https://halshs.archives-ouvertes.fr/sic_00001136/document
Granjon, F. (2012). Reconnaissance et usages d’Internet. Une sociologie critique des pratiques de l’informatique connectée. Paris : Presses des Mines.
Jauréguiberry F. (2008, juillet). Sociologie des usages des technologies de la communication. « L’école française » des années 80. Actes du 18e congrès des sociologues de langue française (AISLF) (p. 12-18), Istambul.
Jauréguiberry F. et Proulx S. (2011). Usages et enjeux des technologies de communication. Toulouse : Éditions Érès.
Jouët, J. (1993). Pratiques de communication et figures de la médiation. Réseaux, (60), 99-120.
Jouët J. (2000). Retour critique sur la sociologie des usages. Réseaux, (100), 486-521.
Jouët, J. (2011). Des usages de la télématique aux Internet Studies. Dans J. Denouël et F. Granjon (dir), Communiquer à l’ère numérique : Regards croisés sur la sociologie des usages (p. 45-90). Paris : Presses des Mines.
Jouët, J. (2015). De l'enfance à la maturité : « la sociologie des usages » des technologies de communication. Dans C. Paradeise, D. Lorrain et D. Demazière (dir.), Les sociologies françaises. Héritages et perspectives 1960 – 2010 (p. 585-597). Rennes : Presses universitaires de Rennes.
Latzko-Toth, G. (2014). La contribution des usagers au développement des médias numériques. In S. Proulx, J. L. Garcia et L. Heaton (dir.), La contribution en ligne. Pratiques participatives à l’ère du capitalisme informationnel (pp. 129-141). Québec : Presses de l'Université du Québec
Latzko-Toth, G., Bonneau, C., Millette, J. (2017). Small Data, Thick Data : Thickening Strategies for Trace-Based Social Media Research. In L. Sloan, A. Quan-Haase, (dir.). The SAGE handbook of Social Media Research Methods (pp. 199-214). London : Sage.
Mallein, Ph. et Toussaint, Y. (1994). L’intégration sociale des TIC : une sociologie des usages. Technologie de l’Information et Société, 6(4), 315-335.
Millerand, F. (1999). Usages des NTIC : les approches de la diffusion, de l'innovation et de l'appropriation (2e partie), Commposite, (1). Repéré à http://www.commposite.org/index.php/revue/article/view/17/16
Monnoyer-Smith, L. (2013). Le Web comme dispositif : comment appréhender le complexe ? Dans C. Barats (dir.), Manuel d’analyse du web en Sciences Humaines et Sociales (p. 11-30). Paris : Armand Colin.
Proulx, S. (2005). Penser les usages des technologies de l’information et de la communication aujourd’hui : enjeux – modèles – tendances. Dans L. Viera et N. Pinède (dir.), Enjeux et usages des TIC : aspects sociaux et culturels, tome 1 (p. 7-20). Bordeaux : PUB.
Sloan, L., Quan-Haase, A. (dir.). (2017). The SAGE handbook of Social Media Research Methods. London : Sage.
Vedel, T. (1994). Sociologie des innovations technologiques des usagers : introduction à une socio-politique des usages. Dans A. Vitalis (dir.), Médias et nouvelles technologies. Pour une socio-politique des usages (p. 13-43). Rennes : Éditions Apogée.
i Voir à ce sujet, le numéro 49 de la revue Études de communication consacré à « Prescription et recommandation : agir et faire agir ? » (2017).

mercredi 20 décembre 2017

[Publication] Professionnalisation et ethique de la communication (1)

[Publication] Lancement du numéro 5 de Communication et Professionnalisation : «Professionnalisation et éthique de la communication : des principes à la formation»

Le Réseau international sur la professionnalisation des communicateurs (RESIPROC) lance le cinquième numéro de la revue scientifique Communication & Professionnalisation sous le thème « Professionnalisation et éthique de la communication : des principes à la formation ».



Gourous, spin doctors, conseillers occultes… les professionnels de la communication font de plus en plus parler d’eux au sein de la société civile et sont souvent assimilés dans l’opinion publique, mais également par les journalistes, à des éminences grises adeptes de la manipulation et de la propagande. Face à cette situation, les communicateurs s’insurgent contre le discrédit de leur profession. Comment un communicateur peut-il être éthique dans son métier ? Quelle est la différence entre éthique, déontologie, morale, valeurs, etc. ? Quel rôle les associations professionnelles peuvent-elles avoir ? S’agit-il d’un vrai enjeu de régulation et de reconnaissance ou simplement d’une question d’image ? Comment créer un code éthique qui soit utile à la professionnalisation des communicateurs ? Comment réussir à sensibiliser les étudiants, futurs communicateurs, à la notion d’éthique ? Ce questionnement portant sur la professionnalisation et l’éthique de la communication sera traité dans deux numéros de la revue. Le premier aborde les principes, la question de la régulation et la formation à l’éthique.

Les éditeurs :
Andréa Catellani est professeur à l’Université Catholique de Louvain (Belgique)
Jean-Claude Domenget est maître de conférences HDR à l’Université de Bourgogne Franche -Comté (France) et membre du laboratoire ELLIAD.
Élise Le Moing-Maas est enseignante et chercheur à l’Université Libre de Bruxelles au laboratoire ReSIC et à l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales (IHECS) (Belgique).

Consultez le numéro 5 en édition ouverte https://wh4.uclouvain.be/…/…/index.php/comprof/issue/view/93

J'ai co-rédigé 2 articles dans ce numéro :
- Conversation autour de l'éthique en pratique : une carrière de communicante sous le signe d'une réflexion et de préoccupations éthiques https://wh4.uclouvain.be/ojstest/ojs3/index.php/comprof/article/view/1193/763

jeudi 7 décembre 2017

The mediatization of time conference

International Conference 2017 "The Mediatization of Time:
New perspectives on media, data and temporality"
December 7-8, 2017
ZeMKI, Centre for Media, Communication and Information Research
University of Bremen, Germany

Recent innovations in the digitalization and datafication of communication fundamentally affect how people conceptualize, perceive and evaluate time to create the kind of world they live in. The conference invites participants to think through the interplay of media and data in respect of the way social time is constructed, modulated, and experienced. This allows to appreciate how new technologies and representations deeply affect the temporal organization of today’s media suffused societies, and it also sheds light on transformations in mediating time. We assume that mediatization as a fundamental societal change that interweaves with the development and spread of communication and information technologies leaves its mark on the ways we process and order the pace, sequence, rhythms and of social reality.

This conference invites to think through the role of media and data people have or had at hand to
time their interactions, relations, and states of being.

_________________ ABSTRACT ____________________

« Recent French perspectives on temporalities in media and communication research »
Jean-Claude DOMENGET et Carsten WILHELM
In 2016, the French society for information and communication sciences (SFSIC) held its 20th congress on the theme « Time and Temporalities in information-communication » in Metz, France. This nationwide congress, which takes places every two years, is the major scientific event structuring the field of information and communication sciences (SIC) in France. This recent edition questioned the advances in research on the notions of info-communicational time and temporalities, the necessity of a critical vigilance on the use of time, on temporalities in their classic form as well as in digital contexts. It furthermore developed research questions emerging due to socio-technical evolutions. Following the peer reviewed selection of contributions, their presentations to the community and the editorial work following the congress, it appears that the question of mediatized times (our plural) has evolved. Our contribution will sketch this evolution and present the themes and emerging research questions presented in the congress. This will allow us to pinpoint multiple research perspectives on our shared object of research.
The paradigm of “mediatized time” is one of the oldest ones in France when it comes to analyzing the relationship between media, time and temporality. From the sixties onwards, research has addressed live broadcast on television. In the eighties and nineties, critical approaches have centered on the social and political consequences of media time (Vitalis, Tétu, Palmer et Castagna 2000), others on the different forms of the representation of time and its mise en recit by the media (Lits, 1995), on television flow, programmed media time, etc. An original approach has been interested in the temporalities of reception and the use of media inspired by French sociology of use (Thévenin et Wilhelm 2017).  These different approaches are characterized by an international outlook, at least at its beginnings with Italian inspiration (Domenget et Aroldi, 2003), as well as a rich supply of paradigms (narratological , socio-technical, socio-political, organizational). They have, however, never succeeded in becoming a transversal domain of study as has, at a certain point for example, the question of the territoire.
The 20th congress has allowed us to identify several current research topics concerning the question of time and temporality in SIC.The first questions time and temporalities in mediation devices (dispositifs de médiation) in relation to social time (Lamy and Carré, 2017). These contributions deal specifically with the transformation of our relationship to time, its constraints, limits and potential. We will thus be able to evoke how media space-time shapes our own relation to time (Lafon). The second theme deals with the links between communication and organizations, through temporal accelerations, at the heart of the West’s social-liberal modernity (Lépine, Alemanno and Le Moënne, 2017). Indeed, these transformations are linked to an "ephemerization of the present", to dyschronias that produce many tensions. Nevertheless, they also produce adjustments allowing for a differentiated reappropriation of time. These changes have been addressed in the field of information and communication technologies for learning (Bessières) as well as health (Lamy). A third theme focuses on time in arts and culture, transformed by so-called cultural or culture industries (Bonaccorsi, Collet and Raichvarg, 2017). It is concerned with the place that communication devices and information systems can claim in the cultural inscription or de-inscription of cultural objects and phenomena. Taking into account the place of history in the communicational thought of culture (Moeglin) should allow to analyze the industrial futures of cultural objects as well as their patrimonial temporalizations. A final theme contributes towards an epistemology of information and communication sciences on temporalities, through concepts and methods (Domenget, Miège and Pélissier, 2017). This is still work in progress needs since, as one of the issues raised by researchers states, there is a tropism of research on the "times of the SIC" (Gallezot and Marty) for short-time phenomena, taking place in the present or the future at the expense of taking into account phenomena of a longer duration (George and Sénécal). However, researchers propose and experiment new research practices (Mercier), allowing to think collectively about the digital ecosystem (Zacklad).
After having established these themes and approaches, our contribution will propose several possible research perspectives. A first deals with the relationship between a perception of time at the level of the individual and the long-term history. A second perspective concerns the analysis of the temporal culture of societies in late modernity, from the point of view of acceleration (Rosa, 2010). A final perspective aims to reinforce the consideration of the cultural dimension in the analysis of temporalities and in the study of our objects of research (Hall, 1984). On arrival, if interdisciplinarity seems essential, and in contrast to the movement provoked by academic institutionalization which has meant for most humanities and social sciences an increased specialization and a closure from neighboring disciplines, present info-communicational approaches would benefit from an ecological or ethical effort, which constitutes the basis of a new collective representation of our relationship to time (Grossin, 1996).
References
Bonaccorsi, J., Collet L. and Raichvarg, D. (2017). Les temps des arts et des cultures. Paris : L'Harmattan.
Domenget, J-C. and Aroldi, P. (2003). La télévision et la question du temps ? Éclairages « transalpins » sur quelques notions. Recherches en communication, (20), 225-248. Disponible sur http://sites.uclouvain.be/rec/index.php/rec/article/view/4601/4331
Domenget, J.-C., Miège B., and Pélissier, 2017. Temps et temporalités en information communication : Des concepts au methodes. Paris : L'Harmattan.
Grossin, W (2016). Pour une science des temps. Introduction à l’écologie temporelle. Toulouse : Editions Octares.
Hall, E.T. (1984). La danse de la vie: temps culturel, temps vécu. Paris: Seuil.
Lamy, A. and Carré, D. (dir.) (2017). Temps, temporalité(s) et dispositifs de médiation. Paris : L'Harmattan.
Lépine, V., Alemanno, S. and Le Moënne, C. (dir.) (2017). Communications et organisations : accélérations temporelles. Paris : L'Harmattan.
Lits, M. (1995). Temps et médias. Un vieux couple dans des habits neufs. Recherches en communication (3), 49-62. Repéré à http://sites.uclouvain.be/rec/index.php/rec/article/view/541/521
Rosa, H. (2010) Accélération, une critique sociale du temps. Paris : La Découverte.
Wilhelm C. and Thevenin, O. (2017), «The French Context of Internet Studies: Sociability and digital practice»,  in Kommunikationswissenschaft im internationalen Vergleich : Transnationale Perspektiven, (sous dir. de) S. Averbeck-Lietz, Springer VS.
Vitalis, A., Tétu, J-F., Palmer, M. and Castagna, B. (dir.) (2000). Médias, temporalités et démocratie. Rennes : Apogée.

vendredi 1 décembre 2017

AAC colloque-annuel-2018-Resiproc-pratique-recherche

AAC : Ce que la « pratique » fait à la recherche en communication organisationnelle

 

Colloque international RESIPROC 2018
Les 11 et 12 juin 2018
CNAM – Paris

Dans le champ de la communication des organisations, dite aussi organisationnelle, les relations entre chercheurs et praticiens sont qualifiées par certains de limitées et difficiles (Jeanneret et Ollivier, 2004 ; Brulois et Charpentier 2009). Gryspeerdt (2004) utilise même les termes de « césure », « clivage », « fossé » et « tension » pour les caractériser. Héritages institutionnels et sociétaux, espaces de légitimation différenciés, représentations et postures respectives… plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation. Pourtant, que ce soit à l’initiative des uns ou des autres, communicateurs et chercheurs interagissent directement lors de rencontres, de collaborations, d’observations, d’interventions et/ou par la médiation de documents (revues et ouvrages scientifiques, presse spécialisée, manuels, etc.), d’organisations dédiées (par exemple l’Anvie, le Resiproc), de dispositifs de formation ou de recherche (laboratoires communs, conventions industrielles de formation par la recherche, recherches impliquées et actions…) ou encore d’événements (colloques, conférences, rencontres professionnelles, etc.). Les motivations sont de différentes natures. Du côté des praticiens, sur plusieurs thèmes (Tic, conduite du changement, processus de décisions, communication stratégique, etc.), la recherche peut permettre de se distancier du travail quotidien, de sortir des injonctions du temps court, de mettre en perspective les productions, et/ou, dans une optique de performance, de transformer théories et analyses en connaissances opérationnelles pour in fine « fabriquer » les activités. Pour les chercheurs, l’accès au terrain peut s’avérer nécessaire que ce soit pour recenser des pratiques, mettre à l’épreuve des théories et des concepts, les mettre en tension avec des savoirs pratiques et/ou pour expérimenter. En outre, au-delà d’une valorisation de leurs travaux, les démarches qu’ils entreprennent dans les associations professionnelles ou les filières professionnalisantes sont susceptibles d’accompagner le développement et la reconnaissance des métiers. Enfin, des interventions dans le cadre de recherches appliquées voire actions – au-delà d’une rétribution qui participe aux besoins financiers des laboratoires et des chercheurs – peuvent donner lieu à la production d’écrits universitaires et par suite contribuer à la reconnaissance de leurs auteurs [...]

Communications attendues et procédure de soumission

Les propositions de communication doivent se présenter soit comme des analyses réflexives fondées sur des recherches empiriques récentes et achevées, soit comme des analyses de pratiques professionnelles en communication (témoignages de pratiques et réflexions sur les conditions de l’action, ses justifications, ses influences). Dans l’un comme dans l’autre cas, les communications doivent s’inscrire dans l’un des quatre axes proposés.
Les propositions doivent parvenir avant le 15 février 2018 par voie électronique, en format Word (.doc) ou Pdf (.pdf). La proposition aura un maximum de 5000 signes, espaces compris, bibliographie non incluse. En outre sera précisé l’axe retenu et pour chaque auteur, ses nom, statut, organisation et coordonnées (adresses électronique et postale).
Les propositions doivent être transmises aux responsables scientifiques :
Après examen en double aveugle du comité scientifique, composé de professeurs et de chercheurs d’universités belges, canadiennes, françaises et américaines, un avis sera retourné aux auteurs au plus tard le 30 mars 2018.

Le colloque se tiendra les 11 et 12 juin 2018 à Paris, en amont du Xxie congrès de la Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication (Sfsic). Il comportera des plénières, des tables rondes et des présentations croisant regards de chercheurs et de communicateurs.

Plus d'informations sur : https://resiproc.org/2017/11/30/colloque-annuel-2018-pratique-recherche/ 

mercredi 31 mai 2017

Soutenace HDR - Jean-Claude Domenget

Cher.e.s collègues, Cher.e.s ami.e.s,


J'ai le plaisir de vous convier à la soutenance publique de mon HDR en Sciences de l'Information et de la Communication

intitulée


« Des usages des dispositifs socionumériques à la reconfiguration des identités professionnelles : une approche des temporalités en SIC »


qui se déroulera le

Vendredi 2 Juin 2017 à 15h
à l’Université Charles de Gaulle - Lille 3 - Sciences Humaines et Sociales,
Domaine Universitaire du Pont-de-Bois,

Bâtiment B – salle B2. 273


devant un jury composé de

- M. Patrice DE LA BROISE, Professeur à l’Université de Lille 3. Garant
- Mme Florence MILLERAND, Professeure à l’Université du Québec à Montréal. Canada
- M. François LAMBOTTE, Professeur à l’Université Catholique de Louvain. Belgique
- M. Jacques WALTER, Professeur à l’Université de Lorraine
- M. Alain LAMBOUX-DURAND, Professeur à l’Université Bourgogne Franche-Comté
- M. Nicolas PELISSIER, Professeur à l’Université de Nice Sophia-Antipolis

Le dossier comprend :
- un CV scientifique
- un mémoire de synthèse
- un recueil de publications
NB : les principales publications auxquelles ce travail fait référence sont accessibles sur l'archive ouverte HAL : https://cv.archives-ouvertes.fr/jean-claude-domenget

Résumé

Le mémoire d'habilitation à diriger des recherches en 71ème section du conseil national des universités que je soumets, sous l'intitulé « Des usages des dispositifs socionumériques à la reconfiguration des identités professionnelles : une approche des temporalités en SIC », repose en partie sur un travail de synthèse des recherches passées et présente des pistes novatrices, articulant l'analyse des usages de dispositifs socionumériques et la reconfiguration des formes identitaires professionnelles, sous l'angle des temporalités en Information - Communication. Ce mémoire s'inscrit ainsi dans les nouvelles perspectives sur les usages en proposant notamment un cadre conceptuel élargi autour de la plasticité, de l'instabilité et de la fragilité, afin de construire une troisième topique de la sociologie des usages. Il avance ensuite, au croisement des SIC et de la sociologie des groupes professionnels, une problématisation de la construction d'une identité professionnelle numérique, elle-même rapportée à la professionnalisation dans les métiers de la communication. Un angle d'analyse est privilégié : l'approche temporaliste des phénomènes info-communicationnels. Enfin, ces trois thématiques sont ancrées dans un renouvellement des domaines de la recherche, transformés par le numérique. Les changements analysés sont donc transversaux à quatre axes de recherche autour desquels mon programme s'articule : les usages professionnels des médias socionumériques, la reconfiguration des formes identitaires professionnelles, les temporalités en Information – Communication et le « tournant » du numérique.

Mots-clés : usages, dispositifs socionumériques, identités professionnelles, professionnalisation, temporalités, numérique

Abstract

The enabling thesis to conduct research in the 71st section of the National Council of Universities that I am submitting, titled "Uses of digital communication devices and the reconfiguration of professional identities : a temporalist approach in SIC", is based in part on a work of synthesis of past research and presents innovative paths, articulating the analysis of the digital communication devices uses and the reconfiguration of professional identity forms, from the perspective of temporalities in Information - Communication. This thesis is thus part of the new theoretical approch of uses, proposing in particular a new conceptual framework around plasticity, instability and fragility in order to construct a third topology of the sociology of (ICT) uses. Then, at the crossroads of the SIC and the sociology of professional groups, he goes on to question the construction of a digital professional identity, which in turn is related to professionalization in the communication professions. An angle of analysis is privileged : the temporalist approach of the information-communication phenomena. Finally, these three themes are anchored in a renewal of the fields of research, transformed by the digital. The changes analyzed are transversal to four research axes around which my research program revolves : the professional uses of social media, the reconfiguration of professional identity forms, the temporalities in Information - Communication and the "turning point" of digital.

Keywords : uses, digital communication devices, professional identities, professionalization, temporalities, digital

A la suite de la soutenance, les participants sont les bienvenus pour le pot qui aura lieu en salle B2. 143.